ça dépend, ça déblogue

« Je ne suis ni pour ni contre, bien au contraire » (Coluche)

Prologue

« Le lâche aime à faire la chasse aux tigres morts. »  – Lao She

« Le propre de la médiocrité est de se croire supérieur. » – François De La Rochefoucauld

Après avoir lu ces citations je me suis fait la réflexion que lâcheté et médiocrité sont souvent de bons compagnons de route.  Une route qui mène invariablement à la déchéance de l’intelligence et de la décence.

Médiocrité, lâcheté et tigres morts

Les médiocres ne se rendent pas compte qu’ils le sont, forcément. Des lors, ils perçoivent comme des ennemis ceux qui ne le sont pas. Comment pourraient – ils une seconde imaginer qu’on puisse leur être supérieur !

Ils ont par conséquent en horreur tout ce qui vient contredire leur modèle. Celui qui a été patiemment mis en place afin d’enfermer la majorité dans un système dont la finalité est la suivante :

Instaurer une parole officielle qu’il est interdit de contredire. Quiconque ose un discours différent doit être réduit au silence. Pour ce faire, le débat idée contre idée est banni de l’espace public. On disqualifie le contradicteur, partant du principe que ses idées sont par nature intolérables.

Sur tout ce qui touche aux problèmes concrets des gens on louvoie, on noie le poisson. On habille l’inaction de ses plus beaux atours, cousus main dans un assemblage de mots creux et de phrases toutes faites. De commissions en observatoires inutiles, nos gouvernements accouchent de rapports qui resteront sans lendemain. Les effets de manche et les grandes tirades ont remplacé le pragmatisme et l’action.

Pour ma part je n’en peux plus des « Nous ne laisserons rien passer », des « Nous ne cèderons rien », des « Plus jamais ça » et des « Nous serons intraitables ».

Depuis que j’entends ces phrases fourre-tout bien des digues ont cédé, bien des choses ont été tolérées jusqu’à la nausée.  Beaucoup ont intériorisé que « Plus jamais ça » n’est qu’un élément de novlangue qui veut dire « Il faudra vous habituer à encore et toujours ça ».

Et que dire des « Valeurs de la république » que l’on nous assène en toute occasion ? Les valeurs d’une république sont à géométrie variable. Je ne vois pas ce que les valeurs de la République Populaire de Chine ont à voir avec les valeurs de la République Française. Je rajouterais que continuer à gouverner alors que l’on a perdu les élections (législatives) semble faire partie des valeurs de notre république démocratique. Ainsi, demain on pourra faire rentrer tout et n’importe quoi en tant que valeur référence, du moment que cela convient à ceux qui ont annexé le pouvoir.

Il me semblait que gouverner c’était prévoir et agir, aujourd’hui c’est communiquer et éviter. La parole officielle anesthésie, infantilise et culpabilise.

Alors, pour masquer son impuissance face aux problèmes bien réels, on dépoussière les fantômes du siècle dernier.

Peu importe que le contexte d’aujourd’hui soit bien différent de celui qui a accouché des totalitarismes européens. Du moment que la complexité historique est ignorée tout est permis. Ainsi, Hitler serait de retour d’entre les morts et aux portes du pouvoir… grotesque. Pourquoi pas Staline tant qu’on y est ?

Chacun y va de son slogan fourre-tout : Le retour des heures les plus sombres, les bruits de bottes, la peste brune, Vichy et collaboration… On affiche sa supériorité morale à peu de frais. Les Jean Moulin de pacotille font étalage de leur courage inébranlable. Ces héros de l’inutile ne risquent pas de finir torturés et exécutés, eux.

La couleur de la peste qui nous guette n’est pas forcément brune et les bruits de bottes ne viennent pas forcément de la direction que l’on nous indique.

Oui, il est de bon ton d’organiser la chasse aux tigres morts. Ils sont en effet bien moins dangereux que les tigres bien vivants qui rôdent, bave aux lèvres. Mais les affronter est périlleux : ils mordent, ils dérangent, ils obligent à penser. Pire encore ils obligent à agir.

Lâcheté et médiocrité ? Une combinaison dangereusement anesthésiante. Attention à la gueule de bois ! Mais j’exagère sans doute.

Je laisse le mot de la fin à Francis Cabrel :

« Et ça continue encore et encore, c’est que le début d’accord, d’accord »


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