
Une chaussette a disparu. Encore. Je suis là, debout devant le séchoir, hébété. Une chaussette à la main, je me rends à l’évidence : elle est orpheline. Je scrute le panier, stupidement. Il est vide, c’est tout. Aucun double fond magique ne va faire apparaître la chaussette manquante.
Encore une victime. Victime ? Quelle étrange façon de présenter les choses. Qui ou quoi s’en prendrait à une chaussette ? A deux chaussettes, pourquoi pas. Mais une… c’est idiot ! 😒
Je sais une chose, je ne suis pas coupable, ma femme non plus. Qui se promène avec une seule chaussette ? Qui va mettre cette unique chaussette dans le panier à linge sale ? Sans se poser LA question qui tue : Mais qu’est – ce que je fous avec une seule chaussette ?
Fût un temps, lorsque les enfants étaient encore à la maison, il pouvait arriver que l’on trouve l’explication. Bah oui… les ados sont au rangement ce que la logique est à l’absurde. Qui peut raisonnablement penser qu’il est normal de trouver une chaussette sous le lit, alors que sa jumelle a atterri dans la machine à laver ? 🤦
Mais les enfants ne sont plus là, alors ça laisse quoi comme explication rationnelle ? Alzheimer ? Définitivement pas.
Soirée tellement arrosée que l’on a oublié avoir joué à qui lance sa chaussette le plus loin dans le jardin ? Bah non plus.
Une petite voix me susurre qu’on s’en fout de la chaussette qui manque. MAIS PAS DU TOUT ! Il n’est pas question de laisser passer ça ! Ma république est en danger — Mon bras ne tremblera pas ! Il faut investiguer.
L’enquête improbable
J’ai beau cuisiner le panier à linge, il nie toute implication. Idem pour le séchoir, Je dois me rendre à l’évidence, il a un alibi irréfutable. Plié qu’il était, derrière la porte du débarras… 🤪
Ce ne serait pas tout simplement mes yeux qui me jouent des tours ? un oubli de chaussette mouillée dans le tambour de la machine c’est du déjà – vu. Un examen minutieux s’impose. Me voilà à quatre pattes, à scruter l’intérieur du tambour, à passer le doigt dans le joint du hublot. Chou blanc. Pas de chaussette.
Je croise ma femme, elle me regarde, l’air dépité. Je sais qu’elle compatis et qu’elle a besoin, autant que moi, de connaître la vérité. Je scrute le sol, rien. J’avise nos chats… Ah que voilà des suspects crédibles.
Les deux sont vautrés sur le canapé, ils ouvrent un œil accusateur car je les dérange dans leur sieste.
C’est loufoque de demander à un chat ce qu’il a bien pu faire de ma chaussette manquante, non ? Si carrément. Mais qu’à cela ne tienne, quand on a cuisiné un panier à linge il n’y a plus de limites. Vais – je essayer de les soudoyer avec des croquettes ? C’est une idée. Ainsi me voilà à questionner Bruce et Willis, croquettes à la main.
– Allez, si l’un de vous a joué avec la chaussette il suffit de me dire où elle se trouve et je passerai l’éponge.
Ils acceptent les croquettes, soupirent un bon coup, se rendorment. Je me suis fait avoir… 😖
Je suis à court de pistes, l’affaire se corse. Me voilà contraint d’envisager des explications qui sortent des sentiers battus. Il faut avoir l’esprit ouvert.
Est – ce bien sérieux ?
Y aurait – il un portail dimensionnel derrière le tambour de la machine à laver ? Il aurait aspiré la pauvre chaussette dans un monde parallèle ? Comment en avoir le cœur net ? Si je me mets à démonter la machine à laver je pense que ma femme va douter de ma santé mentale. Sans compter le risque que je ne la remonte pas correctement.
Y aurait – il une secte invisible et perverse qui aurait pour but ultime la libération des chaussettes ? Il y avait bien des voleurs de nains de jardin… la LLCO : Ligue de Libération des Chaussettes Opprimées. Mais comment les prendre en flag ? Coton, comme mes chaussettes. 🤭
Seraient – elles atteintes d’une sorte de transcendance auto immune ? Elles s’évaporent. Elles atteignent un niveau de conscience supérieur, où elles ne peluchent plus et où les élastiques ne lâchent jamais. Elles fuient. Elles en ont marre de nos pieds, de nos chaussures, de nos journées. Si c’est ça, je respecte leur choix. Mais j’aimerais juste qu’elles laissent un mot.
Bon sang, c’est moi qui devrait accéder à la transcendance, finis les tracas. Peut – être que je retrouverais ma chaussette.
Et si tout ça n’était qu’une sorte de symbole. Une invitation à accepter l’inexplicable. Une sorte de rappel par l’absurde. On ne peut pas tout maîtriser.
Je me rends à l’évidence, le cosmos m’a remis à ma place. Je ne saurai jamais ce qui est arrivé à cette chaussette, ni à ses congénères disparues avant elle. Une drôle de leçon finalement. Se faire reprendre par une chaussette, quelle ironie. 🤷♂️


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