ça dépend, ça déblogue

« Je ne suis ni pour ni contre, bien au contraire » (Coluche)

Je pourrais dresser une longue liste de morceaux qui m’ont marqué. Mais il en est un qui, chaque fois, me transporte au même endroit : quelque part entre la mélancolie, l’extase et l’inexplicable.

Stairway to Heaven est une pièce maîtresse de l’histoire du rock. Pour moi elle transcende même les genres.  

C’est le genre de chanson qui, une fois la dernière note évaporée, vous laisse dans un état second indéfinissable. L’esprit se retrouve envahi de sensations contradictoires et pourtant étrangement complémentaires. Une mélancolie inexplicable se mêle à une vague contemplative. Vous vous sentez vidé, et tout à la fois empli d’une sorte d’allégresse cosmique. 

C’est le pouvoir étrange de la légendaire pierre philosophale appliqué à la musique. A un détail près… Led Zeppelin en a trouvé la formule.

Jimmy Page, guitariste visionnaire, a conçu l’architecture musicale. Robert Plant a écrit un texte complexe et sibyllin, laissant à chacun le soin d’en trouver le sens. L’ensemble est agencé pour installer une atmosphère qui va nous embarquer dans une sorte de rêve éveillé.

 Le périple commence dans une ambiance vaporeuse. Quelques arpèges devenus universels, une flûte de pan, et la voix envoûtante de Plant suffisent à poser le décor.

La première étape de ce rock trip déroutant s’achève en une invitation à plonger dans notre inconscient, à laisser notre imagination vagabonder. L’environnement musical se densifie imperceptiblement, comme pour annoncer un changement d’atmosphère.

Nous voilà invités à reprendre notre chemin, une brise légère s’est levée. La progression se fait désormais au rythme d’une ballade pop‑rock bienveillante, portée par l’entrée en scène de John Bonham et John Paul Jones. L’ensemble nous baigne dans une ambiance printanière et relaxante. On commence à se demander où tout cela nous mène. Plant, lui, nous souffle qu’il faut choisir sa voie, se laisser porter par le vent.

La divagation bucolique prend fin, l’atmosphère se charge en électricité, le vent se fait plus insistant. Le chemin s’estompe pour dévoiler un escalier, dont le sommet invisible baigne dans une sorte de brume irréelle.

Alors commence l’ascension ultime, le vent devient impérieux, une tempête approche. C’est là que Jimmy Page nous livre son solo stratosphérique. Sa Gibson chante, gémit, pleure, puis hurle — pour nous propulser dans un tourbillon final.

Celui où la rythmique se fait d’airain, où le riff ciselé reprend les accords du début. Le chant se met au diapason, puissant et impérieux, pour amener l’ensemble à son paroxysme. Puis, progressivement, la tempête se calme. Le tourbillon dépose tranquillement notre esprit encore chaviré au sommet de cet étrange escalier mystique.

Chacun y trouvera ce qu’il veut. Moi, j’y ai trouvé un bout de paradis. Éphémère, sans doute, mais d’une étrangeté inoubliable.

« And as we wind on down the road

Our shadows taller than our soul… »


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