
Je suis tombé récemment sur un article à propos d’Orwell. On nous y explique que les références à son roman 1984 sont, de nos jours, reprises de façon erronée. Comprendre : Si c’est pour dénoncer la tendance inquiétante observée dans nos démocraties, alors le parallèle n’est pas pertinent.
Par contre si c’est pour expliquer, par exemple, que la Russie de Poutine est le monde décrit par Orwell, là c’est valable.
Comment dire ? Il n’y a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir…
Loin de moi l’idée d’affirmer que la Russie actuelle est un modèle de démocratie, ça n’est manifestement pas le cas. Mais bon, la Russie ça n’est pas mon problème. 🤷♂️
D’ailleurs se contenter d’invoquer le seul Orwell me semble insuffisant pour qualifier ce qui semble nous pendre au nez. Nous verrons que la vision dystopique d’Huxley nous apporte un angle complémentaire intéressant.
Les dérives inquiétantes de nos “démocraties”
Ce qui m’intéresse c’est le chemin que prennent certaines de nos « démocraties », bien inspirées en cela par l’Union Européenne, l’empire qui ne veut pas dire son nom. Je m’interroge sur un certain nombre de faits qui font résonner en moi une alarme inquiétante.
Des résultats d’élections annulés pour des raisons douteuses.
Des options politiques prises par certains pays de l’UE qui leur valent des sanctions financières. Qu’il s’agisse de gouvernements démocratiquement élus semble secondaire.
Des chaînes de TV que l’on ferme pour des motifs qui interrogent, d’autres que l’on rêve de faire fermer car ce qu’on y entend ne plaît pas.
En France, on prétend mettre en œuvre des règles pour lutter contre la désinformation. Fort bien, mais qui sépare le bon grain de l’ivraie ? Des instances comme Viginum ou des associations labellisées « fact-checkers » par le pouvoir ? On confie les clés du débat à des arbitres désignés par le joueur lui-même. C’est l’externalisation de la censure : l’État ne fait plus taire, il fait « certifier » la vérité par des tiers de confiance de son propre cru. Elle n’est pas belle la vie ? 😏
Un ministre vient de déclarer qu’il fallait « Mettre au pas les réseaux sociaux« . 🫣
Mais bon sang de bois ! Les mots ont un sens ! Personne ne réagit ?? Et après ? La presse écrite ? Les radios ?
Sinistres sires, hérauts pathétiques d’un régime qui perd la raison.
Pour des gens qui sans cesse nous renvoient aux années 1930, afin d’accuser leurs adversaires d’être néo fascistes, cette prétention à museler l’expression fait très ambiance d’époque. Si on était dans une cour de récré les adversaires en question pourraient leur rétorquer « c’est celui qui dit qui est ! ». 🤭
Non vraiment, cette idiocratie au pouvoir comporte un certain nombre de mètres-étalon. Des lames pas très affûtées qui feraient mieux de rester dans leurs fourreaux d’ignorance crasse.
Le cocktail Orwell – Huxley : peur, illusion et contradiction du réel
D’un côté nous avons la Police de la Pensée et la falsification du réel pour garantir la loyauté de chaque citoyen et étouffer toute dissidence. On ne vous jette pas en cellule, On vous « dé-plateforme ». On ne fusille plus l’opposant, on l’assassine socialement en le jetant hors du «cercle de la raison ». Il devient un paria, un « complotiste » ou un « -phobe » de circonstance. C’est le 1984 Orwellien remis au goût du jour.
De l’autre la neutralisation de toute contestation par le divertissement, la consommation et l’illusion du bonheur.
Selon Huxley « La dictature peut s’installer sans bruit. La dictature parfaite aurait les apparences de la démocratie; une prison sans murs dont les prisonniers ne songeraient pas à s’évader. Un système d’esclavage où grâce à la consommation et aux divertissements, les esclaves auraient l’amour de leur servitude.«
Le mélange des deux c’est une société dirigée par le mensonge, l’uniformisation, l’abrutissement, l’infantilisation, la peur et enfin l’illusion du bonheur.
Cette tendance s’appuie sur une vérité d’État qui confine à l’absurde. Les slogans d’Oceania résonnent avec une ironie cinglante dans nos JT :
Le pouvoir d’achat augmente. – Tendance confirmée par : les tickets de caisse des supermarchés, les factures d’électricité, les primes d’assurances…
Les énergies renouvelables sont rentables. – Comme tout ce qui est intermittent et aléatoire, c’est bien connu.
L’union européenne c’est la paix. – En effet, on voit.
La guerre, c’est la paix.
La liberté, c’est l’esclavage.
L’ignorance, c’est la force.
Bon, les trois dernières sont les devises du parti qui dirige Oceanía dans 1984. Je trouve que ça ne dénote pas avec le reste. Inutile d’y chercher un sens. Elles ne sont là que pour montrer que l’on peut faire accepter au peuple des contre-vérités manifestes.
La démocratie, une promesse fragile
Huxley voyait son roman « Le meilleur des mondes » comme une dystopie qu’il projetait 600 ans dans le futur. En 1947, soit quinze ans après la publication du roman, il estimera – « Aujourd’hui, il semble fort possible que l’horreur nous frappe d’ici un siècle. »
Dans « 1984« , paru en 1949, Orwell décrit une dictature qui serait un amalgame du stalinisme, du nazisme et du fascisme. Il s’agit évidemment d’une mise en garde afin que cela n’arrive (plus) jamais.
Mais alors, mission accomplie, non ? Nous vivons en démocratie, nous avons compris les leçons ! Cela ne nous immunise t – il pas contre de telles dérives ? Rien n’est moins sûr.
👉 Tout régime finit par bâtir un écosystème au service d’une minorité. Il prétend œuvrer pour le bonheur des peuples, mais utilise toujours les mêmes éternels ressorts : peur, distraction, contrôle. Plus il sent le contrôle lui échapper plus il se durcit. Au risque, en fin de compte, de changer de nature. Qu’importe, si c’est au nom du Bien ! J’ai bien peur que ce soit inhérent à la nature humaine.
👉 Ce n’est donc pas tant le système que les hommes qui le pilotent qui est en cause. La démocratie comme système politique n’échappe pas à cette règle. Elle ne peut tolérer la médiocrité. Il faut des épaules solides et un sens hors normes du bien commun pour, si nécessaire, prendre des décisions radicales afin de perpétuer un système qui prétend respecter les choix du peuple.
👉 L’Histoire nous apprend, à nos dépends, que ce genre d’homme ou de femme est une variété rare. La médiocrité par contre est chose commune. Quand les médiocres président aux destinées des peuples, la démocratie est en danger.
👉 Elle souffre du même mal incurable qui finit par détruire les systèmes totalitaires : le jusqu’auboutisme, dont le symptôme majeur est l’aveuglement. Ne pas se remettre en question c’est l’assurance du déclin.
Démocratie : Une promesse fragile… Qui pourrait bien finir au cimetière des illusions perdues.


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